<< Tes parents viennent de décéder suite à un accident de voiture, je suis désolé. >>
En entendant cette phrase, Lou comprit que c'était le début de ses problèmes.
Le gendarme qui venait de lui annoncer cette terrible nouvelle se dit, à cet instant, qu'il aurait préféré être en train de cuisiner avec sa femme, plutôt que d'annoncer à une jeune fille de 15 ans qu'elle était désormais orpheline. Il continua :
<< Prends quelques affaires, je dois t'emmener à la gendarmerie en attendant de savoir qui sera ton tuteur. >>
Lou se rendit dans sa chambre mais il n'était pas question de partir avec cet étranger ! Et puis à quoi bon vivre maintenant qu'elle avait perdu ses deux parents, ces deux personnes qui l'avaient vue naître et l'avait élevée. Ces deux personnes qui l'avaient bordée tous les soirs avant de s'endormir. Ces deux personnes qui avaient su, aussi , la comprendre et l'aider lorsqu'il l'avait fallu. Les larmes coulaient sur ses joues, elle ne cherchait pas à les cacher. C'étaient des larmes de rage, de désespoir. Elle prit néanmoins sa veste, mais ne rejoignit pas l'homme qui l'attendait. Au lieu de cela elle ouvrit la fenêtre et disparut. e soleil allait bientôt se coucher.
Lou n'avait jamais eu d'amis, du moins pas des vrais. Au lycée elle les voyait, ces pimbêches qui riaient aux éclats en passant près d'elle. Depuis toujours elle la risée de tout le monde. Au primaire on la frappait. Au collège, pire on jouait avec ses sentiments : on se disait son ami, jusqu'à ce qu'elle donne, sous la contrainte, de l'argent. Chaque fois elle pensait avoir trouvé un ami, chaque fois la même déception. Pourtant, elle était gentille. Mais voilà, elle n'était pas comme les autres. Elle refusait de porter des habits infects sous prétexte que c'était la mode. Elle s'habillait avec des pulls qu'elle avait tricotés, des jupes qu'elle avait elle-même conçues, des jeans customisés. Et sa mode à elle ne plaisait pas. Tout le monde se moquait d'elle en regardant ses vêtements. Mais personne ne regardait son visage, d'une beauté exceptionnelle, alors elle se cachait derrière ses cheveux, d'un noir de jais. Ils ne pouvaient donc pas voir ses yeux bleus, si transparents qu'on aurait cru de l'eau. La finesse de son visage était elle qu'on croyait que c'était là une poupée de cire. Et personne, surtout, ne s'occupait de savoir si elle était heureuse, toute seule, si elle était sympathique, drôle ou même généreuse. Tout le monde la détestait sans la connaître. Elle elle détestait tout le monde. Elle détestait tout le monde sauf Emmanuel .
Emmanuel était la seule personne qui ne s'arrêtait pas aux apparences. C'était la seule personne qu'elle connaissait vraiment et qui la connaissait. Et c'était aussi Emmanuel qui faisait battre son c½ur. Depuis la première fois qu'elle l'avait vu, elle avait su qu'il n'était pas comme les autres. Depuis la première fois elle l'aimait. Mais voilà il avait changé d'école. Elle pouvait toujours lui rendre visite chez lui, mais elle n'osait pas. Parfois elle le croisait dans les rues du village, ils parlaient quelques minutes puis se quittaient. Et s'il avait une petite amie? Cette question trottait dans la tête de Lou depuis bien longtemps. Alors elle se disait qu'il valait mieux l'oublier. Il était beau, grand et "à la mode", il devait avoir la cote auprès des filles de son lycée. Mais pourtant, Lou se rendit compte qu'elle s'était rendue chez Emmanuel, inconsciemment.
Emmanuel regardait le match de foot lorsqu'il entendit sonner à la porte. Il était seul, ses parents étaient partis en voyage et sa grande s½ur dormait chez son copain. Il n'attendait personne, surtout à neuf heures du soir. Il regarda par le judas et vit une jeune fille, ravagée par les sanglots. Il ne la reconnut pas tout de suite mais sa bonté fit qu'il ouvrit la porte.
En voyant Lou, Emmanuel eut un sursaut de surprise, puis s'inquiéta de la voir toute seule à une heure pareille. Lou se jeta dans ses bras. D'un geste hésitant, Emmanuel la fit s'assoir sur le canapé, et éteignit la télé.
<< Qu'y a-t-il? Pourquoi tu pleures? Pourquoi t'(es venue toute seule ici? Réponds-moi je ne comprends plus rien!
Lou ne put répondre à autant de questions, elle réussit néanmoins à articuler :
<< J'ai soif >>
Emmanuel se leva pour aller lui chercher un verre d'eau. Lorsqu'il revint, Lou était à moitié endormie. Il l'aida à boire une gorgée d'eau, posa le verre sur la petite table en bois de chêne, placée entre le canapé et la télé. Il contempla cette jeune fille presque endormie à côté de lui. Son c½ur battait la chamade. Il s'inquiétait de la voir si chagrinée, et surtout, il l'aimait. La dernière fois qu'il l'avait vue, il s'en rappelait comme si c'était la veille, elle portait une robe assez courte, jaune soleil, brodée de perles multicolores. Elle avait, pour une fois, relevé ses longs cheveux, découvrant ainsi son visage, aux formes et aux couleurs parfaites. Ce jour-là, il se dit qu'il n'avait jamais remarqué sa beauté fascinante. Et depuis il pensait à elle chaque soir en espérant la croiser dans la rue le lendemain. Et voilà qu'aujourd'hui elle lui tombait dans les bras, noyée de larmes. Il se promit alors de ne pas la quitter sans lui avoir déclaré sa flamme..
Lou s'était à présent endormie, sa tête reposant sur les épaules de son bien-aimé. Il lui caressa doucement les cheveux, remerciant le ciel de lui avoir offert ce moment qu'il désirait depuis si longtemps. Inconsciemment Lou s'était allongée sur les genoux d'Emmanuel. Ce dernier, n'y étant pas habitué, n'osait même plus respirer de peur de la réveiller.
Quelques heures plus tard, alors qu'Emmanuel s'était assoupi, Lou se réveilla doucement. Elle ouvrit les yeux, se demandant où elle était. Soudain tout lui revint en mémoire : le gendarme, la fugue, Emmanuel. Elle constata qu'elle avait dormi chez Emmanuel, mieux encore, avec lui. Elle ne se rappelait plus exactement quand elle s'était endormie, mais se souvint avoir ouvert les yeux dans la nuit. Elle avait alors vu Emmanuel, veillant auprès d'elle. Ce souvenir la rassura un peu. Lasse elle se rendormit auprès d'Emmanuel.